Les versions non-édulcorées de célèbres contes pour enfants

Depuis “Il était une fois” jusqu’à “ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.”, chacune des pages des contes pour enfants nous plongent dans un univers où tout est bien qui finit bien. Mais la plupart d’entre-eux sont en réalité des versions très édulcorées d’histoires bien plus tragiques que ce que l’on a voulu nous faire croire.

Cendrillon : mutilation et meurtre

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La version que tout le monde connaît : Charles Perrault (1697), repris par Disney (1922)

Cendrillon est séquestrée et humiliée par sa belle-mère et ses deux filles et exécute toutes les tâches ingrates. Sa marraine, qui comme par hasard, se trouve être un fée, lui offre un jour l’opportunité de se rendre au bal vêtue comme une princesse à condition de rentrer fissa avant les douze coups de minuit. En s’enfuyant en toute hâte de la soirée, elle perd l’une de ses pantoufles de vair. Le Prince, tombé sous le charme l’utilise pour retrouver sa belle. Toutes les demoiselles du royaume ayant visiblement des pieds de Hobbits, Cendrillon est la seule à pouvoir enfiler la pantoufle et épouse son prince. Fin.

 

Les versions non-edulcorées

Dans celle des Frères Grimm, Aschenputtel (1812), les méchantes demi-sœurs de l’héroïne ne s’en tirent pas aussi bien que chez Perrault. Pour pouvoir enfiler la pantoufle, elles se découpent volontairement une partie du pied. Le subterfuge ne fonctionne même pas, et histoire de bien enfoncer le clou, elles se font crever les yeux par des oiseaux en se rendant au mariage. La version italienne, Zezolla (1634), écrite par Giambattista Basile, est encore plus violente puisque le personnage principal tue sa belle-mère en lui brisant le cou. C’est de cette dernière que Perrault s’inspirera en retirant de nombreux éléments violents.

 

 

La Belle au bois dormant : cadavres et agression sexuelle

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La version que tout le monde connaît : Charles Perrault (1697), repris par Disney (1959)

Sept fées sont invitées au baptême de la princesse du royaume, chacune lui conférant un don précieux. Une méchante fée, grave vénèr de ne pas avoir reçu de carton d’invitation, décide de lui jeter une malédiction : la princesse se piquera un jour le doigt sur un fuseau et en mourra. L’une des bonnes fées atténue le sort, en remplaçant la mort par un profond sommeil de 100 ans avant d’être réveillée par un prince. Sympa, mais 2 jours ça aurait pu être encore mieux. Bref, malgré toutes les précautions, Aurore se pique quand même et tombe dans le coma s’endort en même temps que le reste du royaume. La nature reprenant ses droits, le château finit par être recouvert de végétations jusqu’à ce qu’un prince le découvre 100 ans plus tard, et réveille la princesse. Tout le monde est sauvé et heureux. Fin.

 

Les versions non-edulcorées

Dornröschen (1812), la version des Frères Grimm, est moins rose que celle de Perrault. Le mur de végétation, composé d’épaisses ronces entrelacées, n’arrête pas certains hommes qui tentent de le franchir par tous les moyens. Aucun ne parvient à passer, et ils finissent lacérés par la dense végétation. Au bout de 100 ans, le sort expire et les ronces se changent en fleurs au moment où un prince passe dans le coin. Ce dernier peut donc rejoindre sa belle sans encombres, mis à part les cadavres en décomposition jonchant le jardin de fleurs. Perrault et les frères Grimm se sont tous deux inspirés de Sole, luna e Talia (1634), de Giambattista Basile. Ce dernier, qui écrit pour un public d’aristocrates adultes est beaucoup plus trash dans son récit. Talia, l’héroïne, tombe ici aussi dans un profond sommeil, mais à la différence des versions ultérieures, ce n’est pas par un baiser que le prince la réveille. Ce dernier profite de son état pour la violer et lui faire deux enfants, alors qu’elle est toujours endormie. C’est l’un d’entre eux qui la réveille en lui suçant le doigt, délogeant ainsi l’écharde enchantée et rompant le sort. L’histoire ne s’arrête pas là, et le prince, qui se trouve en réalité être le Roi, répudie la Reine. Celle-ci cherchant à se venger, elle monte un stratagème pour tuer les deux enfants et leur mère et les faire manger au Roi. Le complot est découvert à temps et la Reine finit brûlée, permettant à la jeune fille et au Roi de se marier.

 

 

 Blanche-Neige : esclavage et torture

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La version que tout le monde connaît : le film de Disney (1937)

Un roi et une reine eurent une enfant “au teint blanc comme la neige, aux lèvres rouges comme le sang et aux cheveux noirs comme le bois d’ébène”. La Reine mourut à l’accouchement, laissant le Roi veuf. Peu de temps après, il prend une nouvelle épouse, plus belle tant qu’à faire, mais surtout légèrement psychopathe. Par orgueil, elle demande régulièrement à son miroir magique si elle est toujours la plus belle du royaume. Un jour, le miroir lui avoue que Blanche-Neige la surpasse, et pour se venger elle demande à un chasseur du coin de la tuer. Ce dernier ne s’y résout pas, et se contente de l’abandonner dans la forêt. Elle se réfugie chez sept nains qui l’accueillent volontiers (tu m’étonnes). La Reine apprenant qu’elle est toujours vivante, ne lâche rien et tente par trois fois de la tuer. Elle finit par se faire passer par une vielle dame, offrant à Blanche-Neige une pomme empoisonnée. Elle tombe inanimée, et les nains la placent dans un cercueil de verre pour que tout le monde puise continuer de l’admirer. Un prince follement amoureux d’elle, rompt un jour le sort en l’embrassant. Fin

 

Les versions non-edulcorées

Largement inspirée de l’œuvre des Frères Grimm, Schneewittchen (1812), la version de Disney omet toutefois volontairement certains détails choquant du matériau de base, même si l’on a un type qui roule une pelle à un cadavre en plein milieu de la forêt. Dans le conte allemand, la méchante reine ne meurt pas par accident à cause de sa folie meurtrière. Le prince décide de lui infliger un supplice digne de l’esprit tordu de Joffrey Baratheon. Il l’oblige à danser au mariage en portant des chaussures en métal chauffées au fer rouge jusqu’à ce que mort s’ensuive. Ça fait toujours son petit effet juste avant d’apporter la pièce montée. Giambattista Basile, encore lui, a probablement inspiré les frères allemands avec une histoire à mi-chemin entre Blanche-Neige et La Belle au bois dormant. Dans La schiavetta (1634), Lisa est empoisonnée par un peigne oublié dans sa chevelure et meurt à l’âge de sept ans. Sa mère décide de la placer dans sept cercueils de cristal lui permettant de continuer à grandir malgré son état, et l’enferme dans une pièce scellée. La mère meurt et confie la clé de la pièce à son frère en lui faisant jurer de ne jamais l’ouvrir. Sa femme tombe dessus, et jalouse de la beauté de l’enfant, décide de la frapper en lui tirant les cheveux, libérant le peigne enchanté et réveillant l’enfant. Elle en fait son esclave en prenant soin de cacher sa réelle identité à son mari. Un jour le baron du coin offrit une poupée à Lisa, qui, légèrement perturbée, raconte son histoire à son jouet tous les soirs en menaçant de se suicider. Le baron finit par entendre l’histoire et confie alors Lisa au bon soin d’un membre de la famille, lui permettant de regagner sa santé et sa beauté. Bien évidemment, le baron épouse ensuite la jeune fille.

 

 

Le Bossu de Notre-Dame : kidnapping et exécution

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La version que tout le monde connaît : le film de Disney (1996)

Le juge Claude Frollo se retrouve contraint d’élever un enfant difforme. Il en fait le sonneur de cloche de Notre-Dame ce qui lui permet de le tenir à l’abri des regards. Lors de la Fête des Fous, Esméralda, une jolie bohémienne danse et attire les regards de Phoebus, un beau chevalier qui vient de la sauver, ainsi que ceux de Quasimodo et Frollo. Prenant la défense du bossu, maltraité par la foule, elle s’attire les foudres de Frollo et se réfugie dans la cathédrale. Quasimodo tombe amoureux d’Esméralda, ce qui est aussi le cas de Phoebus et Frollo. Ils parviennent à s’enfuir, et avec l’aide de Phoebus, se sauvent mutuellement des multiples tentatives d’assassinat de Frollo. Un combat dans la cathédrale se déroule entre le juge et les trois compères qui parviennent à se débarrasser de lui. Quasimodo se résout de bon cœur à laisser Esméralda et Phoebus vivre leur amour. Fin.

 

La version non-edulcorée

Cette histoire est l’adaptation du roman Notre-Dame de Paris (1831) de Victor Hugo. Quasimodo est engagé par l’Archidiacre Frollo pour enlever la belle Esméralda qu’il désire en secret, qui avait déjà été kidnappée étant enfant, mais il échoue grâce à l’intervention de Phoebus. Ils tombent amoureux l’un de l’autre, alors que Phoebus est déjà fiancé. Quasimodo s’éprend aussi de la gitane qui le rejette. Jaloux, Frollo poignarde Phoebus et accuse Esméralda du meurtre. Elle et Quasimodo sont torturés, avant que la bohémienne ne finisse pendue. Elle est jetée dans une fosse commune où Quasimodo la rejoint en s’enlaçant autour de son cadavre, après avoir bien entendu jeté Frollo du haut de la cathédrale. Il finit par mourir, et des années plus tard, lorsque le caveau est de nouveau ouvert, l’on découvre leurs squelettes entremêlés. Vous l’aurez compris, on est bien loin de la happy end de Disney.

 

 

 La Petite Sirène : désillusion et suicide

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La version que tout le monde connaît : le film de Disney (1989)

Ariel est une sirène, fille du Roi Triton et fascinée par le monde des humains. Elle tombe amoureuse du Prince Éric qu’elle sauve un jour de la noyade. Charmé par sa voix, alors qu’il est à moitié inconscient, il promet d’épouser la jeune fille quand il la retrouvera. Ariel offre sa voix à la sorcière Ursula en échange d’une paire de jambes. Elle dispose alors de trois jours pour embrasser son prince sous peine de redevenir une sirène, et accessoirement l’esclave d’Ursula. La sirène arrivant presque à ses fins, Ursula se change en belle jeune femme et séduit le prince à l’aide de la voix d’Ariel. Lors de leur voyage de noces, la supercherie est révélée, mais il est trop tard et Ariel est emprisonnée par Ursula. Le Roi Triton sacrifie sa couronne pour sauver sa fille, libérée par Éric. Folle de colère et renforcée par les pouvoirs de Triton, Ursula est finalement tuée par Éric. Le père d’Ariel accepte de lui donner des jambes et offre sa bénédiction pour le mariage. Fin.

 

La version non-edulcorée

Le conte original, Den Lille Havfrue (1837) a été écrit par Hans Christian Andersen, un mec ne respirant pas vraiment la joie. Dans sa version, la sirène boit la potion de la sorcière ce qui a pour effet de lui fendre la queue en deux pour lui former deux jambes. En sang, elle parvient à regagner la terre ferme où, comble du sadisme, le prince lui demande de danser pour lui, et ce malgré les atroces souffrances qu’elle endure pour marcher. Tombée sous son charme, elle s’exécute malgré la douleur. Il joue de ses charmes avec elle, et décide d’épouser une autre femme, dont il est réellement amoureux. Le cœur brisé, elle risque de se changer en écume si elle ne parvient pas très vite à faire comprendre au prince que c’est elle qui l’a un jour sauvé de la noyade. Elle ne réussit pas, et c’est alors que la sorcière lui avoue que le seul moyen qu’elle ait de survivre est de tuer le prince. Ne trouvant pas la force de le faire et se jette à l’océan où elle se change en écume.

 

 

Le Livre de la Jungle : exclusion et vengeance

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La version que tout le monde connaît : le film de Disney (1967)

Mowgli est un bébé humain recueilli par des animaux de la jungle. Pour échapper au terrible tigre mangeur d’hommes Shere-Khan, Bagheera, la panthère noire, escorte Mowgli jusqu’au village le plus proche. Mais ce dernier, satisfait de sa vie sauvage, décide de s’enfuir. Pourchassé par le tigre, il parvient à le mettre en déroute grâce à ses amis. A l’approche du village des hommes, il tombe sous le charme d’une jeune fille venue chercher de l’eau. Il l’aide et décide de rentrer avec elle. Fin.

 

La version non-edulcorée

Le Livre de la Jungle est à l’origine un recueil de nouvelles écrites en 1894 par Rudyard Kipling. Bien loin de la vision familiale de Disney, l’auteur y compte une histoire très tragique. Lorsque Mowgli finit par retourner à la civilisation, il n’est pas accepté par ses pairs et se fait bannir. Furieux, il demande l’aide de l’éléphant Hathi, qui n’a rien du paisible animal du film Disney. En effet, le pachyderme est assoiffé de sang humain depuis qu’il a été blessé par l’un d’entre eux. Le duo s’attache également les services de la panthère Bagheera ainsi que d’une meute de loups. Le village est rasé, la nourriture pillée et le bétail et les chevaux sont massacrés.

 

 

Rox et Rouky : pas de happy end

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La version que tout le monde connaît : le film de Disney (1981)

Rox un renardeau recueilli par une gentille paysanne se lie d’amitié avec Rouky, le plus jeune des chiens de chasse du voisin. Le temps passant, les instincts naturels resurgissent et les deux anciens amis sont maintenant les pires ennemis. Au final, Rox sauve le maître de Rouky d’un ours enragé, le chien s’interpose ensuite entre son maître et le renard qu’il a en ligne de mire. Le chasseur baisse son arme, Rox part vivre avec la renarde Vixy, et Rouky continue sa vie de chien. Fin.

 

La version non-edulcorée

Daniel P. Mannix est l’auteur de l’œuvre originale parue en 1967. La fin de l’histoire est ici toute autre, et loin d’être racontable à des enfants. Dans cette version, Rouky est un chien de chasse sanguinaire, qui traque le renard qu’il tient pour responsable de la mort accidentelle de l’un des chiens de la meute. Il finit par trouver la tanière du renard, que son maître gaze, tuant la renarde et ses petits. L’histoire n’étant visiblement pas assez tragique pour l’auteur, il fait également mourir un enfant suite à une morsure infectée par la rage. A force de s’enfuir, Rox meurt d’épuisement et l’histoire se finit avec le maître et son chien fêtant la victoire autour de la dépouille de l’animal.

 

La Partie II des versions non-édulcorées des célèbres contes pour enfants ICI